
Entretien avec Serge Aimé Coulibaly
MappeMonde incarne les multiples facettes de la danse à Roubaix et les individus qui les font vivre. Serge Aimé Coulibaly, chorégraphe qui orchestre le projet, veut créer à partir de l'envie et de l'énergie de chacun.
Qu’est-ce qui t’a plu dans le projet MappeMonde et qui t’a amené à accepter de diriger le projet ?
Dans un premier temps, c’est la confiance que l’on m’a accordé en me proposant le projet. Dans un deuxième temps, j’aime les challenges. MappeMonde comporte des éléments que je ne maîtrise pas : le travail s’effectue avec des personnes que je ne connais pas. J’ai pour l’instant juste l’idée et l’espace de représentation, la Mairie de Roubaix. D’habitude, je procède de manière inverse: j’ai la vision des créations à partir des personnes.
La Ville de Roubaix est particulièrement cosmopolite. Est-ce cela aussi qui t’a motivé, le fait de te retrouver dans ces parcours de vie porteurs de plusieurs cultures ?
Cela ne m’a pas interpelé : c’est tellement ancré en moi. Je ne l’exprime pas avec les mots. Quand je parle à quelqu’un d’autre, il y a d’emblée déjà un phénomène d’interculturalité. Pour le dernier spectacle que j’ai créé, un journaliste m’a posé des questions sur mon rapport à la tradition et à la modernité etc. J’ai répondu que ce ne sont que des histoires d’Européens. Moi, je danse, c’est tout.
La danse est une forme d’expression culturelle forte. De quelle façon penses-tu amener chacun à dépasser ses codes pour aller à la rencontre de l’autre et trouver des espaces communs de dialogue ?
Quand on se rencontre et qu’on s’exprime ensemble à travers la danse, on dit beaucoup plus que des mots. On partage des moments intenses, on n’a donc plus besoin de parler d’interculturalité. On peut aborder d’autres choses, des sujets de fond. Passer son temps à parler de nos différences n’a pas de sens puisqu’on est tous différents d’emblée.
Comment vas-tu travailler avec les groupes pour conserver leurs spécificités, qui sont des richesses, tout en harmonisant l’ensemble dans une même chorégraphie ?
D’abord, je vais prendre contact avec les groupes. Je veux leur demander ce qu’ils ont envie de dire de Roubaix, quels sont leurs espérances, leurs désirs. Des thèmes vont émerger des discussions. Il est important que ce soient eux qui s’expriment, chargés de leur culture, de leur richesse. Moi, je suis responsable de la mise en espace, des connections pour que tout prenne forme.
Je désire avant tout que nous nous fondions sur l’envie. Il y aura une grande rencontre au cours de laquelle auront lieu des échanges entre différentes techniques de danse. Se dégageront alors des souhaits de réalisations entre les participants, certainement parfois de styles de danse distincts. En provoquant un choc, des formes inattendues peuvent se révéler : on met des danses apparemment opposées ensemble et on voit l’énergie qui peut en sortir. On trouvera la matière de la création à travers la pratique, la variété de caractères qui transparaitront à travers l’expérience dansée. Quand on parle trop, les egos prennent le dessus. Avec la danse, on se retrouve plus naturellement.
Pour l’instant, au niveau artistique, tout est encore très ouvert. J’espère pouvoir intégrer de la musique, du chant. Puisque l’on part du principe de réunir des personnes aux profils différents, on ne doit pas se limiter. Parmi les danseurs, quelqu’un peut utiliser sa voix. L’objectif est de mettre à profit tous les talents pour réunir diverses formes d’expression artistique.
Si j’étais dirigiste, les participants auraient certainement aussi envie de travailler mais ils manqueraient davantage de spontanéité, d’engagement personnel. Nous apportons une vision globale, eux doivent être habités par leur nécessité.
As-tu déjà travaillé avec des non professionnels ?
Au Burkina Faso, j’ai beaucoup travaillé avec des amateurs, également avec La Rose des vents. Mon premier grand choc chorégraphique, c’était une commande pour l’ouverture de la coupe d’Afrique de Football. J’ai dirigé soixante-quinze danseurs et quinze acrobates, dont une vingtaine à peine seulement étaient professionnels. Cet événement a marqué le début de ma carrière de danseur et chorégraphe, alors qu’auparavant, j’avais davantage un profil de comédien.
Récemment, l’an passé, dans le cadre de Liverpool capitale européenne de la culture, j’ai travaillé avec des danseurs urbains, surtout hip hop, et nous avons fait une création purement contemporaine.
Quand tu embarques les gens dans un projet, il faut être malléable, respecter ce qu’ils ont envie de faire. L’évolution par rapport à ce qu’ils savent faire doit s’effectuer en douceur.
Tes spectacles sont plutôt engagés. As-tu envie également de faire passer un message à travers MappeMonde ?
J’aurais dû mal à faire quelque chose de beau avec lequel on est juste content. Ce n’est pas la vie. Mon travail est toujours ancré dans une réalité politique, économique, sociale et cela existera toujours. Pour MappeMonde, c’est plus complexe. Le message dépendra des personnes qui participeront et de qu’ils apporteront. Forcément, il y aura quelque chose d’essentiel. Mon ambition est de mettre en valeur la richesse qu’on a à tous être différents. On se retrouve dans cette différence, on se sent bien comme êtres différents. Je me vois en toi, je me reconnais en toi. On se sent proche parce qu’on a compris qu’on se ressemblait. En somme, les différences s’estompent en pratiquant le même art car on est dans la même aventure. Par exemple, dans la rue, je crois une personne qui vient du Pérou. Des images clichés sur ce pays me viennent en tête. Mais quand je me mets à discuter avec elle, je me rends compte qu’elle est plus proche de moi que ma sœur. Le problème du racisme en France naît des histoires fausses que l’on cultive. Or, c’est grâce aux croisements, aux rencontres que l’on découvre l’autre. Si on gommait tout ce qui est étranger en France, les gens se suicideraient. Tout le sel de la vie vient des brassages.
Il y aura donc forcément un aspect engagé même si je ne pars pas d’une problématique mais d’un ensemble. J’ai envie d’être étonné par les participants, qu’on se laisse tous embarquer dans un bateau et qu’on suive les chemins qui vont apparaître.
Propos recueillis le 18 décembre 2008
spectacle final
11 décembre 2009, mairie de Roubaix
exposition en partenariat avec l'Office du Tourisme
photos Aimée Thirion | 11, 12 et 13 décembre 2009
chapiteau du Marché de Noël au coeur du monde | place de La Liberté
direction artistique
Serge Aimé Coulibaly avec Lawagoulé Mohamed Toé, Lydia Fromont, Puck Heil
danseurs
Cédric Biegala | Sarah Bouacha | Anna-Marie Chevalier | Aurélie Cayla | Inès Cherair | Eugénie Da Silva
Géraldine Descamps | Charlotte Delardemelle | Marie Delenclos | Marie-Jo Dereu | Margaux Devos | Mathilde Ducatez | Isabelle Dupont | Aude Fraitag | Sandra Gomes | Claudia Gomes | Renato Gonzales-Guiettierez | Hélène Griboval | Ottavia Lampe | Dimitry La Sade | Stéphanie Le Grand | Aurore Lenoir Perrine Lorthiois | Babette Majeu | Sandra Mazoumi | Selma Messai | Rosandra Nicoleti | Zoé Pitt-Bailey Anne Prouveur Anne Rey | Juliette Rousseaux | Marie-Christine Stroobant | Van-Kim Tran | Thibault Trinh Van Dam | Julia Wagret | Helyette Wardavoir
chorale de l’ARA
sous la direction d’Alexandre Brouillard
choristes
Catherine Benhlima | Florence Cousson | Béatrice Debeunne | Laurence Deydier | Marie-Noëlle Dumoulin
Karine Fraysse | Fatma Guneri | Jennifer Hollebecque | Florence Maillet | Gabriel Manno
Charlotte Quairat | Laure Spinosi
scénographie, images
Aimée Thirion
bal
Swingin’ Pool / Collectif L’Ame Strong
production
Centre Chorégraphique National Roubaix Nord-Pas de Calais avec le soutien du Firc (DRAC/Acsé), de la Ville de Roubaix et de Lille3000
remerciements | aux différentes associations et structures partenaires
à l’ARA, le CCMA, l’ACLJR, Danse à lille/CDC, Métisses et Sages, Collectif 6e Sens, Chor&us,
la CRAO, Association Bouddhiste Lao du Nord de la France, Convergences, Délices du Maghreb