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La création, c'est comme un puzzle


Femme de l'ombre, œil très attentif dans les studios de répétitions ou dans les coulisses, Chrystel Zingiro est un personnage incontournable des créations. Costumière au Centre Chorégraphique National Roubaix Nord-Pas de Calais, elle collabore étroitement avec Carolyn Carlson pour chaque pièce. Avec Hidden, ses talents de créatrice se sont épanouis pleinement.


Hidden a été une expérience nouvelle pour toi.
Avec Hidden, c'est la première fois que j'ai créé seule tous les costumes,  en collaboration avec Carolyn. J'ai fait un grand pas. Pour les autres pièces, mon implication était plus technique. J'avoue qu'avant une création, j'éprouve un peu d'appréhension, c'est comme la page blanche de l'écrivain, même si Carolyn donne beaucoup d'éléments visuels.

Comment travailles-tu avec Carolyn Carlson ?
Carolyn me donne l'esprit grâce à des indications de couleurs, des peintures, des œuvres d'art, des extraits de revues qu'elle m'apporte. Pour Hidden, nous nous sommes inspirées aussi  de la styliste chinoise
Ma Ke.  Ce  sont plus des pistes dans la  mesure où elle met toujours sa patte, très personnelle.  L'univers de la pièce se dessine ainsi peu à peu,  et je peux débuter ma recherche.

Le premier travail pour moi est sur mannequin. On tâtonne.  Je fais des montages de matières, j'associe des teintes. Ce sont des morceaux juste posés, pas encore cousus. Je mets en forme l'idée.  Puis, Carolyn arrive et je lui montre.

Parfois, on cherche longtemps et puis, soudainement, ça se débloque. J'en rêve la nuit, je me couche le soir en y pensant, j'y pense le matin en me levant. Et d'un seul coup, j'ai l'idée. Comment j'ai trouvé, je ne peux pas le dire. Je suis parfois inspirée par les matières.

Les tissus des costumes de Hidden sont justement dans des matières très originales. Peux-tu nous expliquer comment tu es parvenue à cet effet ?
J'effectue  des essais avec  les tissus, je les teste. Ici, l'idée était de vieillir les tissus.  Ces costumes sont en fait nés d'un accident : j'ai retrouvé des doublures moisies dans un casier qui avait subi une inondation. Les couleurs avaient changé, elles étaient très intéressantes. Cela m'a donné envie de retrouver ce moisi, ce côté vieux, fripé, cuit.
Pour produire cette même impression, les tissus ont été cuits au micro ondes ou dans une cocote minutes. Le micro ondes permet de fixer la couleur sur la soie mais aussi de cuire le tissu dont la texture ressemble alors à du papier. Cette technique a été utilisée pour les masques. J'avais testé la même procédure sur le jersey de soie mais le résultat a été décevant. J'essaie plein de combinaisons, cela fonctionne ou cela ne fonctionne pas.

Pour les teintures, je fais une soupe dans une marmite. J'y mets directement les petits tissus. Les plus gros, je les mouille et les passe avec le jus dans la machine à laver pour qu'ils s'imprègnent bien. Si je veux du délavé, je n'humidifie pas le tissu au préalable.
Il y a des jours propices à la teinture, d'autres qui ne le sont pas. Il faut le sentir. Pour arriver à trouver la bonne couleur, les nuances désirées, le feeling est nécessaire. 

Tu as aussi tenté des assemblages étonnants.
Nous avons associé beaucoup de tissus différents : de la  soie, du lin, du jersey, du lycra, des lainages. Nous les avons retravaillés selon les méthodes que je viens de décrire. J'ai fait des tests inédits. Grâce à l'utilisation de la colle à bois ou pour papier peint, j'ai donné aux tissus une allure différente, ils ont pris une autre forme. Ça a été impressionnant. Tout a pris vie ensemble : les costumes, l'ambiance, le décor, la chorégraphie.

Créer des costumes, c'est aussi les adapter aux corps, aux personnalités des danseurs. Comment cela se passe-t-il avec eux ?
L'essayage avec les danseurs est décisif. A ce moment, tout peut changer. Sur les interprètes, les costumes peuvent prendre un autre sens. On peut alors abandonner une idée et on repart dans une autre direction.
J'essaie de respecter le travail des danseurs et je suis consciente  de leurs contraintes : ils doivent se sentir à l'aise pour danser, ils doivent habiter les costumes. Avec les répétitions, on se  rend vite compte de ce qui va ou de ce qui ne va pas.

Ils peuvent me donner de l'inspiration. Par exemple, pour le costume de l'oiseau dans la dernière scène d'Hidden, on a vraiment trouvé l'idée le jour de la première. Cela ne m'était jamais arrivé. Jusqu'à cet instant, le costume clochait : il était gris à l'origine, il manquait de couleurs. Le matin même, j'ai ajouté de l'orange et j'ai retiré les manches car les épaules d'Isida Micani, danseuse dans Hidden, sont belles. On ajouté une jambe de pantalon pour donner de la présence par rapport au haut, plus dénudé. On a réussi à confectionner  le costume à temps pour qu'elle le porte à la dernière répétition avant le spectacle.

Es-tu obligée de travailler dans l'urgence ?
En création, le rythme est intense. Car les costumes, c'est un jeu avec
tout : les corps, les lumières, les décors, la chorégraphie. C'est comme un puzzle : il faut souvent bouger les morceaux pour qu'ils puissent s'imbriquer.  Ils sont donc étroitement liés au travail de répétitions. Carolyn m'a déjà montré des dessins pour la prochaine création, Le Roi penché, mais je sais déjà qu'on va retransformer  les propositions au fur et à mesure... 

chorégraphie
Carolyn Carlson

musique
œuvres de Kaija Saariaho

montage et mixage son
conçu par Carolyn Carlson et Rémi Malcou

interprètes
Jacky Berger, Yutaka Nakata, Isida Micani, Chinatsu Kosakatani

lumières
Rémi Nicolas

assistante chorégraphique
Valentina Romito

costumes
Chrystel Zingiro et Manue Piat


production
Centre Chorégraphique National Roubaix Nord-Pas de Calais


création
7 et 8 décembre 2007
Colisée de Roubaix

Photos

des thèmes d'inspiration à la réalisation des costumes


spectacle



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