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Entretien avec Carolyn Carlson

 

L’eau est un thème qui a souvent nourri vos créations. Pourquoi êtes-vous si proche de cet élément ?


Je suis une femme d’eau. Dans ma carrière, l’eau m’a toujours poursuivie ou bien j’ai poursuivi l’eau. Je suis née à San Francisco, sur l’Océan Pacifique, j’ai passé sept ans à New York, sur l’Océan Atlantique, j’ai vécu ensuite à Paris, au bord de la Seine, à Helsinki, un port, et Venise.
Je ne sais pas combien de pièces j’ai créé sur le thème de l’eau : Still waters, Writings on water, la prochaine création, eau. Il semblerait que je sois plus proche de cet élément que quiconque. Pour moi, l’eau a trait au rêve, au miroir, aux visions. C’est l’un des éléments les plus fondamentaux : nous ne pouvons pas vivre sans eau, comme nous ne pouvons pas vivre sans soleil.
Gaston Bachelard dit que l’eau est le regard de la terre. J’aime beaucoup. Je dois dire que je suis très influencée par Gaston Bachelard : L’Eau et les rêves. Le livre est incroyable. C’est ma source poétique.

 

Joby Talbot compose une musique originale pour eau. Comment avez-vous eu envie de travailler ensemble?


J’ai entendu parler de la musique de Joby Talbot il y a environ trois ans et je trouve que sa fluidité est extraordinaire. Il est vraiment très fort. J’ai donc pensé qu’il serait la bonne personne pour travailler sur ce thème.

 

Quelles sont les images de l’eau qui nourrissent votre création ?

Avec Joby, je commence avec les eaux originelles, « water born » : nous sommes nés dans l’eau, la vie surgit dans l’eau. La mer est l’un des plus constants symboles maternels. Sensuelle, tiède et laiteuse, elle féconde, nourrit et berce. C’est donc la section première.
Puis, nous abordons les eaux profondes qui génèrent le rêve, la rêverie, le mystère. Insondables, ténébreuses, elles engagent à une contemplation profonde, libératrice d’une imagination intime. L’eau porte une image ambivalente, à la fois de naissance et de mort. Le suicide par la noyade est un thème très présent chez les artistes. Le noyé trouve une enveloppe maternelle, réconfortante et capable de ré-enfanter. L’eau reflète la beauté mais elle la garde aussi en son sein : ainsi Ophélie continue-t-elle à flotter pour de nombreux rêveurs et poètes, jeune, fraîche, magnifique, avec sa chevelure ondoyante.
Les eaux violentes constituent la troisième partie. L’eau est considérée souvent comme féminine mais sa colère prend une force très masculine. Ses vagues dévastatrices, ses lames de fond, son avancée agressive, l’homme se vante de pouvoir les maîtriser, ce qui entraîne un duel redoutable. Les cataclysmes naturels en sont une forme de manifestation.
En quatrième partie, nous mettons en avant les eaux sales, la pollution. Que sommes-nous en train de faire subir à la terre ? Tous les jours, des articles paraissent sur la sécheresse, conséquence de notre mépris de l’équilibre naturel. Cette raréfaction d’un élément aussi précieux pour l’existence va générer de plus en plus de conflits.
La section finale traite de la purification, du miracle de la vie ! L’eau purifiante est celle qui jaillit, coule, rafraîchit. On s’immerge pour se régénérer. Densité de vie, même une seule goutte d’eau détient ce pouvoir. Le rituel de la purification existe dans toutes les religions.
L’interprétation de chaque partie varie dans sa durée.

De quelle façon la danse se laisse-t-elle habiter par cet élément ?


Ce qui me touche, c’est le mouvement perpétuel de l’eau. Elle s’écoule, s’évapore, elle se cristallise. Tout se produit dans l’instant et tout est différent à chaque moment. L’eau a « un destin essentiel qui métamorphose sans cesse la substance de l’être », dit Bachelard. Je désire, dans ma chorégraphie, que les corps se sentent mus par la force de vie, la fluidité et les vertus sculpturales de l’eau.

 

chorégraphie
Carolyn Carlson avec la complicité des danseurs

interprétation
Amina Amici, Chinatsu Kosakatani, Isida Micani, Chiara Michelini, Sara Orselli, Sonia Rocha, Jacky Berger, Flavien Bernezet, Yoann Boyer, Alan Brooks, Yutaka Nakata, Riccardo Meneghini

seconde distribution
Cristina Santucci, Guilhem Rouillon

musique originale
Joby Talbot

images et dispositif
Alain Fleischer

lumières
Alain Fleischer et Freddy Bonneau

peinture
Philippe Tallis

costumes
Chrystel Zingiro, Manue Piat, Ta-Jung Lina Wu

textes
Carolyn Carlson et Alan Brooks

textes dits
Alan Brooks, Amina Amici

texte projeté
Jean Pierre Siméon

assistants chorégraphiques
Valentina Romito et Henri Mayet

conseil artistique
Alessandra Vigna et Claire de Zorzi

conseil musical
Gill Graham pour Chester Music Ltd

direction technique
Robert Pereira

production

Centre Chorégraphique National Roubaix Nord-Pas de Calais, Opéra de Lille, orchestre national de Lille région nord/pas de calais, Le Colisée - Théâtre de Roubaix

avec le soutien
du Programme Rolex de mentorat artistique

avec le partenariat
du Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains


création
2 avril 2008 - Opéra de Lille

LIVRET DE CAROLYN CARLSON



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